2022 : couper court.

On est le 3 janvier et j’ai déjà une furieuse envie d’y couper court.
J’ai commencé par mes cheveux.

Le miracle de Noël.

Mes cheveux sont sacrés. Disons qu’ils me définissent bien.
Eparpillés, dans tous les sens, courbes, volumineux et fins à la fois.
Je n’avais pas prévu de les couper.
Du tout.
Mon plan était de les laisser pousser, jusqu’à ce 22 décembre où tout a basculé.
Des doigts bien intentionnés (ceux de ma mère) mais novices (trop) s’attaquent à mes pointes (sèches).

Je ne vous décrirai pas le meurtre mais seulement la scène du crime : mes cheveux sont trucidés de moitié, le côté droit pendouille comme des linguine n°13 tandis que le côté gauche ressemble à un écrasé de chou kalé.

Comme mes boucles, je rebondis.
Tandis que le Père Noël passe, je prends RDV dans un salon spécialiste en cheveux frisés, RULO. Je suis fièvreuse, ce qui est peu recommandable en pleine 6ème vague de Covid.

« Coiffez-moi » : mon anti-thèse préférée.

Le grand jour arrive, j’ai posé un après-midi exprès, c’est pour dire si l’heure est grave. J’arrive avec 15mn d’avance au salon. Deux femmes font coiffer leurs têtes bouclées.

Pour patienter, je pioche machinalement un livre sur la table basse.
C’est un livre pour enfant, l’histoire d’une petite fille rousse avec des cheveux très frisés qui enchaînent tous les stratagèmes pour que ses cheveux deviennent raides comme des baguettes. Comme moi petite.
Cette lecture improvisée est comme un spray de tendresse sur mon humeur d’angoissée.

La coiffeuse me fait signe.
J’ai une manie, j’évalue le talent d’un coiffeur à sa propre coupe. Malheureusement, leur loi semble être la même que celle des cordonniers.
Mais pour sa défense, la fille qui quitte le fauteuil a une coupe que j’adore : bohème et moderne à la fois. Pile ce que je souhaite.

« C’est la première fois que tu viens ? »
– Que je me fais coiffer dans un salon, je précise.
Ma toison ne connait que ma meilleure amie M. qui s’occupe de mes cheveux depuis 20 ans.
– Alors qu’est-ce que tu veux ?
J’ai passé les 10 derniers jours à collectionner des modèles de coupe. Je lui enseigne consciemment les photos, une à une. Elle jette un oeil et dit d’un ton désabusé:
– ok.
Rassurez-moi, on fait tous ça non ? On cherche des modèles de coupe qu’on montrera à la coiffeuse et qui finalement fera bien ce qu’elle veut.

Le syndrôme du fauteuil.

Elle commence.
Chak chak chak.
C’est beaucoup non ?
Il va plus rien rester.
Et dire que j’ai posé mes fesses sur ce fauteuil volontairement.
Le fameux syndrome du fauteuil.
Il peut tout vous faire dire et faire ce fauteuil de coiffure.
– Ah vous avez cuisiné des lasagnes aux algues pour Noël ?! ça doit être bon dis-donc, j’essaierai au Noël prochain.
Tout. C’est sans doute pour cela que les gens préfèrent aller chez le coiffeur que chez le psy.
– Mmmh on coupe un peu par là ? ça va leur faire du bien, ça va rafraîchir.
– (Tu rafraîchis rien du tout, ok ?!). Oui oui, dis-je d’une petite voix.
Je ne sais pas si ce sont les lames du ciseau, le grand miroir, des bras qui s’agitent au-dessus de moi ou le cadavre de mes cheveux qui jonche le sol, je deviens lâche et muette sur un fauteuil de salon de coiffure.
Une vraie poupée.

Le concept vs la réalité.


– Et voilà. Qu’est-ce que vous en dites ?!

C’est toujours à ce moment-là que tu touches du doigt la différence entre le rêve et la réalité.
Le rêve c’est la nana sur la photo, un mannequin avec 3 ventilateurs derrière elle tandis que 8 professionnels font des retouches sur ses mèches et frisottis.
La réalité, c’est mon visage rougeaud avec des boucles hirsutes qui se dressent à 90*C au-dessus de ma tête
– (moi) … ah oui ça change (syndrome du fauteuil)… Mais.. euh… une frange droite sur des cheveux bouclés ça se fait ?!
– Ah mais ouuuiii! C’est la tendance du moment. Les cheveux frisés c’est plein de vie. Tout le monde voudrait vos cheveux vous savez.
On me le dit souvent mais je n’y crois jamais. J’ai le sourire forcé-figé, le même qu’ont dû avoir ses invités en goûtant ses lasagnes aux algues à Noël.

Elle fronce les sourcils d’un air hyper concentré et ébouriffe mes cheveux d’un geste dalinien tout en regardant dans le miroir.
Vous connaissez ce geste non ?
C’est le ‘THE END » du coiffeur.
Ou peut-être une technique de rattrapage pour cacher qu’ils ont merdé.

A la fin, j’ai toujours ce réflexe idiot : j’ai très envie de me toucher les cheveux. Qu’est-ce que je pourrais faire de mieux qu’une coiffeuse professionnelle dites-moi ?
Je me ravise et me résigne.
Je quitte le fauteuil, je me regarde dans tous les miroirs du salon et me dirige vers la sortie.
Je ne touche pas. Pas encore.
Je paye.
Je m’avance vers la porte, mon concept sur la tête et la coiffeuse me lance :
« C’est un gros changement, mais vous vous y ferez. Bonne année ! »

Je sors.
2022 peut commencer.

sandra mascré coupe frisé






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