La première fois que j’ai repris la lecture.

J’étais une grande liseuse, puis les écrans et les médias ont pris le relais. Je me suis remise à lire il y a 1 an environ. Et c’était plus difficile que ce que je pensais.

Lire en 2020.

La lecture s’est dissoute dans le flou de la communication moderne. On ne se parle plus, on s’écrit, ou plutôt on se texte. Quand « texter » à remplacer « écrire », peut-on dire qu’on « lit » un message ?
Peut-être que nous lisons plus qu’avant car le texte est partout. Mais en même temps que nous déchiffrons du texte, nous perdons aussi ce qu’est la lecture : la capacité de concentration, la structure d’une pensée, l’enchaînement d’idées, l’immersion dans un univers imaginaire.

On écrit des mails à longueur de journée, on lit des notifications toutes les heures, on peut avoir 5 conversations ouvertes en même temps, on lit utile, on lit efficace. Avant, les images venaient illustrer un texte, maintenant c’est plutôt l’inverse. Nous sommes désormais tellement habitués à raccourcir les mots, les textes. On a même inventé des applications pour cela. Tout doit être réduit au minimum, prendre le moins de place possible. Alors à quoi bon décrire la plage de Copacabana en 3 pages quand 1 simple Instagram suffit. La lecture de l’imagination, la lecture de l’investigation, la lecture du débat se perd dans une marée noire de texte. Les mots sont mêmes devenus aujourd’hui de la déco, on s’en sert sous forme de citation pour imprimer sacs et T-Shirts.

Rester concentrée sur un support noir et blanc en silence où l’histoire avance à la force de nos yeux, cela paraît anachronique.

Se remettre à lire ou la difficulté de se concentrer.

Je suis sincère, reprendre la lecture a été laborieux. Enchaîner les pages, rester concentrée sur une même typographie, sur un même thème plus de 10 minutes, cela m’a beaucoup demandé au début. .
Par exemple, je lisais 1 page durant 5 mn, puis je bifurquais sur mon téléphone après avoir reçu un message. C’est plus facile le téléphone, c’est intuitif, c’est construit d’ailleurs pour cela. Un livre c’est moins marrant : si tu veux passer au suivant, tu tournes une page.
Après avoir décidé d’éteindre mon téléphone lorsque j’ouvrais le livre, est venue la période où je m’endormais sur la lecture. On est tellement habitués à être toujours stimulé qu’on n’arrive plus à gérer ni l’effort ni la fatigue quand ils viennent.
Puis, peu à peu, tout s’est remis en ordre et après les premières lectures assez difficiles, j’ai replongé joyeusement dans le plaisir de lire.

Finis les intellectuels à lunettes, bienvenus aux intellectuels lecteurs.

Cela s’est passé durant la pause dej’, mes collègues débriefent sur les personnages et les aventures des dernières séries. De mon côté, je mange ma salade en silence.
Après quelques perches tendues pour rattraper le wagon de la conversation que j’ai allègrement raté, l’un d’eux me dit :
– Tu ne regardes pas de séries, mais tu fais quoi chez toi ?
– Je lis des livres.

Je me suis sentie comme l’enfant à lunettes de la cour de récré. Celui qui était un peu marginalisé, stigmatisé en premier de la classe et en fayot de service pour le simple fait de devoir supporter deux hublots de verre devant ses yeux.
Moi, c’était pour lire des livres.

Mon Netflix à moi.


J’ai envie de leur répondre que je n’ai pas besoin d’une série pour entrer dans une fiction.
Les artistes disent souvent qu’en rendant publique une oeuvre, c’est souvent comme un adieu. Ils laissent les autres s’approprier leur oeuvre.
Je m’approprie le livre, j’y mets un peu de moi. C’est moi qui leur donne vie : les traits de leur visage, leurs styles, leur façon de bouger, de parler. Et quand je lis la dernière page et que je referme le livre, ils disparaissent aussi.
C’est beaucoup plus personnel un livre, c’est un peu comme une chaîne Netflix à soi.

Raconter

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  1. Très bon article, merci. J’ai toujours un livre dans mon sac, je lis partout dans les bus, aux arrêts, en attendant quelqu’un,… On ne trouve pas tout sur nos écrans et la lecture donne plus de sens et de recul. Et j’adore annoter, ecrire, souligner, un massacre pour certains 🙏🙏

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