Le tiroir à bordel.

Pour Caro.

Toutes les maisons du monde entier sont différentes, à un seul détail commun près : le tiroir à bordel.

Introuvable chez Ikea.


ça pourrait être un tiroir comme les autres.
Mais il est hors-catégorie.
On y met ce qui est utile mais qui ne va nulle part, un désordre bien ordonné.

– ça peut toujours servir.

Un stylo sans bouchon, un crayon sans mine, des pastilles pour la gorge, un briquet Bic, des Doliprane, un sifflet, des chewing gum, un paquet ouvert de mouchoirs, des élastiques, la fève Spiderman de la dernière galette des rois, un jeu de cartes, un masque jetable, des trombones dont deux déformés, un jeton de supermarché, de vieux pin’s, une carte de fidélité d’un magasin fermé depuis 6 mois, un bout de papier griffonné, un paquet avec 4 allumettes dont une déjà cramée, du produit moustique, une bougie, un numéro de téléphone sans nom, de la ficelle, un faire-part.

Dans le tiroir à bordel, il y a plein de trucs au cas où, des machins qui nous rendent la vie plus facile à un certain moment.

Ce serait bien si on pouvait avoir un tiroir à bordel de la vie. Genre un espace-temps qu’on ouvrirait en secret quand la vie nous fait trébucher.

La boîte aux presque.

Ce serait le tiroir de nos humanités.

J’y trouverais de la place par exemple pour les moments de honte. Genre ma culotte qui tombe sur le balcon du voisin et qui me la rend en plein apéro entre potes. (sic!)

J’y cacherais aussi les petits plaisirs illicites.
Le petit pet discret mais fourbe en réunion.
Ou ma vie parallèle en voiture. Je peux y chanter à pleine voix en franco-anglais ourlé d’un accent du Sud mais aussi crier « Connnaarrrd » dans un crissage de pneu au volant de mon Open Agila qui se transforme subitement en Porsche Cayenne.

Forcément, je me débarrasserais dans ce tiroir de comportements déviants en soirée : une envie de se détendre qui se conclut sur un « dernier » verre.
Qui s’avère être toujours le verre de trop.
Qui me fait finir sur le podium
Et puis bon ben viens là toi, après tout, t’es pas si mal.

J’entasserais aussi dans un coin du tiroir la pile de « binge » : binge chocolat, binge potins, binge chips, binge série, binge TikTok, binge Insta, binge canapé…

Binge Audio est un super réseau de podcasts en ligne que je vous recommande.

J’y rangerais s’il reste de la place les moments où je n’ai plus aucune force morale.
Le sourire lâche et aigre face aux blagues machistes et racistes de l’Oncle Dédé,
ou ma faiblesse devant la crise d’hystérie du petit. Lasse, je pose à la caisse les céréales multicolore à l’huile de palme – nutriscore F avec mes légumes bio.


J’y balancerais les moments où je frôle la folie.
Ceux où je raconte mes doutes existentiels à mon chien et que je finis par « T’en penses quoi toi hein ?! » en attendant sérieusement une réponse.

La fausse modestie a bien évidemment sa place dans le tiroir à bordel.
Samedi j’ai osé donner des conseils d’un niveau chef de rayon Castorama alors que je répare tous mes meubles avec du scotch et de la colle.

Les petites mesquineries forcément, dont la plus répandue :
« – Mais non, t’es pas gros.se ! » 🙂

Bref, un vrai tiroir à bordel de la vie, qui servirait à la rendre plus légère à un moment donné.

Range ça là.


Et vous ? Vous y mettriez quoi ?

En tous cas, la prochaine fois que la vie vous fait trébucher, n’hésitez pas, pensez :
« Tiroir à bordel ».
ça aura le mérite d’être bien rangé (et de vous soulager).

Oups ! Trop plein déjà.

Journal de mon imaginaire

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