La première fois que j’ai fait de la moto.
La vraie. Un monstre à 2 roues qui fait beaucoup de bruit.
Pour moi, un engin à 2 roues, ça pue, ça fait du boucan et c’est dangereux. Je me suis dit que j’allais tenter.

Je ne reconnais plus personne
– J’te jure je fais de la moto.
J’ai ri.
Mon ami T. est blond aux yeux bleus avec des lunettes. Un blond aux yeux bleus ne peut pas faire de la moto. C’est comme ça, c’est la loi des préjugés. Les motards ils sont bruns, poilus, mal rasés et habillés tout en noir avec de gros godillots.
– Non mais j’te jure !
J’ai ri plus fort.
T. est aussi cérébral et subtil.
Dans mon référentiel, un motard, ça beugle, ça frappe et ça mange de la viande en écoutant du métal avec un verre de whisky.
– C’est génial les sensations. Le bruit du moteur, puis la lourdeur de l’engin, …et les accélérations…
Là, tout d’un coup, sa voix devient plus grave, son regard s’agite et le haut du corps fait un rictus à la Hulk (le rictus pectoral où il serre les poings et rentre le cou vous voyez).
Ca m’a scotché. Depuis ce jour-là, je le tanne pour qu’il m’emmène en moto.
Mercredi dernier il s’est acheté une nouvelle moto, une Royal Einfield. C’était l’occasion parfaite.
La veille, il m’a demandé quel type de casque j’avais récupéré.
« Intégral ou Jet ? »
La dernière fois que j’ai répondu à cette question, c’était dans un bar à cocktail.
L’intégral est de rigueur quand on fait pas mal de distance. C’est celui qui est fermé et qui me fait une tête de hamster enfermé dans un bocal.
Au-delà du casque, il y a une tonne de matériel pour faire de la moto en fait : manteau, botte, coffre, jupe, gants, jupe… J’ai opté pour la tenue de ski, car je redoute vraiment le froid.
Monte Michelin(e)
Le matin même, nous nous étions donné RDV à 10h au parking. J’avoue j’avais un peu le ventre serré de peur.
Pour être honnête, je déteste la vitesse. Si vous croisez sur l’autoroute une voiture à 80km/h, volontairement coincée entre 2 camions, c’est moi.
Je m’apprêtais donc à m’infliger 1h30 d’expérience contre ma nature. Je me suis demandais si j’étais sado.
Je me suis dit que j’étais sur la bonne voie.
Sado ça fait biker.
J’enfile doudoune, anorak, collant, pantalon, gant de ski.
Et je monte sur le siège.
Alors les filles, entre nous le mythe de l’accroche amoureuse en short en jean sur une moto qui va à fond la caisse, c’est une légende okay ?!
Parce qu’avec 5 couches de vêtements d’hiver, tu as la mobilité d’un bonhomme Michelin et tes bras, aussi courts que ceux d’un manchot, ne peuvent pas enlacer un mec avec une carapace cuirassée de 10cm d’épaisseur.

Gentleman, T. a quand même proposé.
« Tu peux t’accrocher à moi si tu veux »
– Non non derrière c’est bien. »
En vrai, au-delà du complexe Michelin, je me suis dit que par peur, j’allais l’étouffer par compression des côtes et que tuer le motard en route ce n’était pas recommandé, surtout quand on n’a pas son permis moto pour le chemin du retour.
On sort du parking et on traverse la ville.
C’est très agréable la ville en moto, c’est comme si on déambulait, idem qu’un piéton et avec la commodité d’un véhicule.
WRROOOAAAMMMM !!!!
Arrivés au périphérique, on prend de la vitesse.
J’ai le ventre qui se serre et mes mains cramponnées au porte-bagage. Je suis vraiment persuadée qu’à partir de 90km/h, je vais aller m’écraser, moi et mes 5 couches comme un mille-feuille sur le pare-brise de la voiture de derrière.
Finalement, ça n’arrive pas. Tant mieux.
Comme je suis à l’arrière, j’ai moins d’air que T. Je m’amuse à m’aligner exactement sur lui pour limiter la prise du vent. Je sens bien que c’est un jeu subtil. Un mauvais angle peut dévisser ma tête à une bourrasque près.
On double des voitures.
Leur proximité me stresse quelque peu. On se sent fragile, plus exposé, plus petit, plus nerveux. Bizarrement j’ai un radar qui se met en place et qui repère toutes les motos qu’on dépasse ou qui nous doublent, alors que je ne le fais jamais en voiture.
Petit à petit, je commence à m’habituer. Je me détend aussi.
T. conduit très bien, je me sens bercée.
Je n’aurais jamais cru qu’on puisse avoir envie de dormir sur une moto.
On sort ensuite de la 4-voies pour emprunter des petites routes de montagne en épingles et on traverse des forêts.
Ce sont de nouvelles sensations : celles des virages.
J’ai l’impression de chalouper sur une tige de métal . Un zouk cylindré en quelque sorte.
Le retour passe plus vite que l’aller.
Je dois avouer que je ne pensais pas qu’une heure non-stop de moto soit aussi physique. On est brassé par les éléments : l’air, la vitesse, le vent, la lumière …
La moto c’est du risque à l’état pur, du jeu avec les éléments et un sacré don de soi.
Un troc de confort contre une sacrée dose de sensations.

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