La première fois que j’ai eu une insomnie.

J’ai toujours bien dormi.
Je ne suis pas une grosse dormeuse.
Je dirai que je suis une dormeuse sans complexe. Je dors n’importe où, quand il faut et le nombre d’heures dont j’ai besoin.
Pourtant, cette semaine j’ai connu ma première insomnie.

Un mal moderne.

Ces dernières années, j’ai vraiment été surprise de connaître autour de moi autant d’insomniaques. Jeunes. Des amis de 20-30 ans.
Nos grand-parents avaient des métiers difficiles, un quotidien moins confortable et des familles plus nombreuses. Les bras et les épaules étaient lourds.
Aujourd’hui ce sont nos cerveaux qui sont épuisés.
On les stimule toute la journée. De nos mains, il sort peu de chose à part des tapotis sur des claviers.
On réfléchit surtout, puis on achète, on confie, on délègue. Sans interruption. Et pour tout.
On dirait qu’on a besoin d’un triple cerveau. On envisagerait même l’option Cloud pour éviter les défaillances.

Le cocktail de l’insomniaque : alcool, sport, chaleur et stress.

Ce soir là j’ai fait la totale.
Après un cours de danse afro-contemporain où j’ai passé l’heure à bondir comme un marsupial, je suis allée rejoindre une amie pour un dîner.
Copieux et bien arrosé le dîner.
Une fois chez moi, je me suis glissée de suite sous la couette.
Mais la couette un 14 mai à Barcelone, ce n’est pas une bonne idée.
Fatiguée de ma journée, je me suis endormie vite. Et je me suis réveillée encore plus vite, en nage, avec des idées stressantes qui s’auto-tamponnaient dans ma tête.

Les chauves-souris.

C’était comme si la nuit, les angoisses et les idées noires faisaient la fête. C’est leur heure. Elles s’éclatent.
Comme les chauve-souris, elles volent au-dessus de ma tête, et même à l’intérieur. Elles s’accrochent à toutes les brins d’idées qu’elles trouvent sur leur route.
Ce n’est pas pareil de penser la nuit : elle repeint nos idées, tout est plus noir. On a une boule dans le ventre et dans la gorge, on aimerait crier mais tout le monde dort.
Sauf nous.

Une journée de 24 heures.

Tout le monde sait qu’il y a 24 heures dans une journée.
Mais seuls les insomniaques savent ce que c’est que de vivre une journée de 24 heures.

Mes yeux étaient fatigués mais restés ouverts, mon corps fatigué mais actif, mon corps chaud malgré la baisse des températures nocturnes. Il était contrôlé complètement par mon cerveau, Je crois que j’ai rarement senti d’aussi près sa puissance et son influence.
Au début, j’ai lutté. je me suis tournée, retournée.
J’ai médité, j’ai respiré, je me suis relâché.
Le vol des chauve-souris continuait. J’ai arrêté de lutter.
J’ai repassé, j’ai changé les draps pour avoir moins chaud. Je me suis fait les ongles. Entre chaque activité, je faisais une tentative mais rien.

Je me suis rendue compte quand même de la quantité de choses qu’on pouvait faire au lieu de dormir. Je me suis rendue compte aussi du temps que l’on pouvait passer à dormir et rêver.
A laisser reposer une partie du cerveau et laisser notre inconscient prendre le relais.

L’angoisse de la prochaine nuit: le cercle vicieux de l’insomnie.

Quand j’ai vu le soleil pointait par la fenêtre, c’était une victoire.
Les chauve-souris sont vite allées se cacher dans une grotte obscure de ma conscience.
Le supplice était fini, j’ai pu reprendre le chemin des gens normaux et mon train-train quotidien. La nuit m’accordait un répit jusqu’au crépuscule. Et bizarrement j’ai senti du coup le poids de la fatigue. Je me serais bien volontiers rendormie.

Sauf que l’adepte de sport matinal que je suis avais eu la bonne idée de réserver une classe de crossfit à 7h.
Mauvais idée.
Mes paupières pesaient plus lourd que les poids que je soulevais.
Au lieu de me donner de l’énergie pour démarrer ma journée, la séance a forcé les extrêmes. Au-delà de l’irritabilité (très haute) et de l’énergie (très basse), j’ai lutté toute la journée devant mon écran pour dérouler ma journée quotidienne.
Le moment que j’ai redouté est arrivé le soir. J’étais à la fois fatiguée mais surtout stressée à l’idée de m’endormir.

Jamais je n’aurais cru que j’aurais été un jour angoissée de m’endormir !
L’insomnie, c’est vicieux. On rajoute une couche de stress sur une tartine épaisse de frustration et de fatigue.
Je me suis ensuite rappelée que le truc infaillible que j’adore pour bien dormir est la douche froide. Au sens propre. ça congèle mes pensées, rafraîchit mes tensions et lave mes humeurs.

Lucky me ! Je n’en ai pas eu besoin.
Le soir même, je me suis couchée et j’ai dormi à 20h d’une traite jusqu’au lendemain matin.
Au réveil, j’ai eu une pensée heureuse et compatissante.
Heureuse car soulagée que ce ne soit pas de l’insomnie chronique.
Compatissante en pensant à ces personnes qui vivent avec des chauve-souris tous les soirs.

A vous ! Je suis prête à être votre Batwoman, je vous apporterai une lumière pour éclairer votre grotte.

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