Confession d’un oreiller.

Il était une femme qui avait un oreiller.
C’est tout ! Me direz-vous ?
D’apparence c’était tout.
Un rectangle blanc, un peu rebondi.
Le seul problème était qu’il était bloqué. Elle avait beau l’agripper, le pousser, le tirer de toutes ses forces, rien n’y faisait. Il ne bougeait pas. Il trônait immuablement en tête du lit.
Chaque nuit, elle s’endormait sur cet oreiller immobile et impassible.
Par un beau matin de printemps, elle se réveilla à deux.
Ou plutôt ils étaient deux et ils ne faisaient qu’un.
En l’enlaçant, l’homme balaya de son coude le coussin, qui s’effondra sur le sol dans un bruit sourd.
A l’impact, le coussin se déchira et de ses entrailles plumaires, s’éleva un épais nuage légèrement orangé.
De ses vapeurs, elle reconnut tout.
Les rêves de ses 15 ans, les fantômes familiers de ses cauchemars, les litres de larme qu’elle avait versés, les fous rires sur l’oreiller, les siestes improvisées et les soupirs satisfaits de repos bien mérités.
Les moutons, aussi, qu’elle avait appris à apprivoiser à force de les compter.
Elle se souvint alors qu’il y a des questions qu’on ne peut poser qu’allongés,
des secrets qu’on n’accueille et qu’on ne dévoile que dans l’obscurité,
des mots doux chuchotés qui deviennent éternité à la faveur de la pénombre et de la promiscuité.
Des éclairs transperçaient de temps à autre cette volute fabuleuse. Elle revit les silences pesants après des orages de tensions et des disputes.
Elle approcha doucement la paume de sa main et frissonna aussitôt en sentant le voile humide et chaud de sa sensualité, elle revécut en une seconde ses orgasmes assumés, les simulés, les étouffés et ceux qui l’ont transformés.
La vapeur acide de ses angoisses et de ses obsessions nocturnes la firent reculer de quelques pas.
Elle se retrouva là, face à ce coussin désormais déchiré, fidèle compagnon de ses nuits.
Elle n’aurait jamais cru qu’il portait tant d’elle en lui.
Ce n’était donc pas la nuit, c’était lui.
Le coussin qui portait conseil.
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