La première fois où j’ai trekké solo : les préparatifs.

Cela me trottait dans la tête depuis quelques mois : partir seule en autonomie.
Cet été covidien m’a paru le meilleur moment pour me lancer. Entre la difficulté de voyager loin, le budget serré du chômage partiel, les foules à éviter, c’était tout vu.

Où partir ?

C’est toujours la question des vacances.
Il y a les questions de base : où et combien de temps ?
Puis, il y a les critères plus techniques dans un trek en solo : la difficulté et les risques.

La durée d’abord. Assez longue pour être parlante mais assez courte pour ne pas que la première ne vire pas en galère. Je me suis dit qu’une semaine c’était pas mal.
La destination. ça c’est le pied ! Pas de tergiversation, de discussion, de négociation à l’heure de choisir la destination,
Ensuite la difficulté. Pour le début, ne pas choisir un truc trop difficile. Le challenge de ce trek est bien de le gérer seule, pas d’en faire un exploit. J’ai étudié les options de GR aux alentours et une amie me parle de Menorca. En l’étudiant de plus près, le GR 223 – Cami de Cavalls est tout plat, Le dénivelé max. est de 150m avec des étapes de 14 à 26km, entre plages, criques et forêts. ça s’annonce comme un premier trek parfait pour cet été !
Des plans B et C. Etant donné que c’est une première fois, on ne sait pas vraiment comment on va réagir. Menorca, en plus de la facilité du GR223, a le grand avantage d’offrir les solutions de repli tong et playa si jamais cela tourne mal.

Qui m’aide à préparer mon trek ? Ah … moi.

J’ai une fâcheuse tendance à me reposer sur les autres quand je pars en trek, il pourrait m’emmener en Sibérie en me disant d’apporter un short et une casquette, je le ferais.
Là pas le choix, qui dit seule dans le trek dit seule également dans la préparation.

J’ai fait des trucs que je ne faisais jamais, genre télécharger la carte et l’étudier quasi par coeur : les noms des étapes, les distances, les dénivelés. J’étais incollable, ça m’a rappelé les cours de géographie de Monsieur Charlet. J’ai repéré les passages plus difficiles, les points d’eaux, j’ai même regardé sur Google Earth et marqué les lieux où j’allais camper.

Puis j’ai décidé de ce que j’allais mettre dans mon sac. Enfin plutôt porter.
Moi-même.
Sur mon propre dos.
ça change tout, je me suis mise bizarrement à tout calculer.
J’ai consulté la météo, les vents, les marées, les heures du lever et du coucher du soleil.
J’ai aussi fait des équations : Kg MAX = 3 (nb de repas) * nb de jours * X kilo /repas et X jours = Y culottes + 2Y chaussettes + Y Tshirt + 0.5Y short.
Ca m’a rappelé les cours de math de Monsieur Acezat.
Décidément, j’en ai fait des devoirs de vacances cet été.

Mes conseils : optez toujours pour les vêtements techniques; les basiques et la légèreté plutôt que le multifonction ou les accessoires. Généralement, on se sert toujours des mêmes choses. Le reste c’est du luxe, surtout en trek solo.

Qui prévenir ? Ah … tout le monde.

C’est là où ça commence à devenir intéressant.
Les gens ont peur pour moi. Et bizarrement, mon entourage voit en moi une fille plutôt qu’une marcheuse.
Loin de moi les réactions féministes, pourtant j’avoue que les réactions m’ont laissé sceptique.

Il y a la réaction clairement éducationnelle : on s’inquiète plus pour sa fille que pour son garçon. Il y aurait plus de danger. On serait plus fragile, plus naïve, plus vulnérable, plus sensible.
Bof (dans mon cas).
On oublie aussi que la vie d’une femme en ville prépare relativement bien à savoir se défendre seule.
Une amie m’a dit :  » Tu risques plus dans ton quartier chaque jour que dans la campagne menorquine. »
Et elle a bien raison. « Ai-je plus de chances de croiser un déséquilibré sur un chemin de rando au fin fond de Menorque que dans mon quartier plein de pilier de bars à Barcelone ?
Confer le cours de math chapitre statistiques.

Autre réaction : la réaction miroir.
ça m’a rappelé quand j’étais partie en Vipassana. Beaucoup m’ont renvoyé un malaise qu’ils auraient ressenti seuls et que moi je ne ressens pas.
S’isoler, être seul est considéré comme curatif. Y’a forcément derrière un besoin de se ressourcer, d’aller mieux, de guérison de l’âme.
Encore bof (pour moi). Je suis aussi heureuse seule que bien accompagnée.
Comme si, à partir de 2 personnes, on était plus équilibré, plus heureux. Je connais des génies qui sont seuls et des hystériques très entourés. Le bonheur commence par savoir être heureux soi-même et c’est déjà pas mal.

Puis il y a la réaction machiste.
En milieu de parcours, en haut d’une falaise, je suis tombée sur 2 mecs qui sortaient d’un beach club huppé et qui s’apprêtaient à monter dans leur Porsche.
Intrigués par « una chica sola », ils m »ont demandé si je le faisais dans un but « karmique », à quelle philosophie j’adhérais parce que « c’est beau cette élévation de l’âme ».
Je me suis demandé s’ils auraient dit la même chose s’ils avaient croisé un mec à pied ou en VTT faire le tour de l’île. C’est de suite plus associé au sport, au défi physique. Les filles, nous, on le fait pour le « karma ».
Dommage que les bâtons de rando ne permettent pas de crever des pneus.

C’est parti !



Raconter

Laisser un commentaire