La première fois où j’ai trekké solo : le trek.

Après les préparatifs, le jour J est arrivé, je débarque à Ciutadella sur l’île de Menorque en ferry à 7h un dimanche matin d’août et je me mets de suite à marcher.

J1: la logistique.


J’enchaîne les pas, je suis bien.
Je fais quand même quelques va-et-vient de matériel et des ajustements. Remplir les gourdes, sortir les lunettes, mettre le buff, boire (pensez au camelbag surtout!), mettre de la crème solaire, ranger le buff, mettre le chapeau, prendre une photo, prendre un kleenex, boire, manger un peu, mettre de la crème.
Je pensais que j’allais passer 95% du temps à marcher et me baigner.
Non. Je n’en passe que 75%. Je passe 20% à ranger et déranger ce foutu sac qui pèse une tonne.
Comme je me sens bien, je fais plus de kms que prévu. Par expérience, je sais bien que c’est mal et que je vais le payer en fatigue accumulée. A 19h30, je me pose sur une petite plage tranquille. Je suis seule, c’est pleine lune et je m’endors sur le fond sonore des clapotis des vagues. Le pied !

J2 : la relativité.


Le sac est lourd.
Je connaissais la relativité du temps, genre 10mn à attendre devant des WCs occupés quand tu as une envie pressante sont nettement plus longues que les 10mn du matin dans ton lit juste après que le réveil ait sonné.
J’ai appris la relativité du poids.
J’ai passé cette 2ème journée à scanner ce que j’avais bien pu mettre dans mon sac cette nuit pour qu’il pèse autant en ce deuxième jour.
Réponse : de la fatigue.

J3 : les mauvaises décisions.

Aujourd’hui, j’ai enchaîné les mauvaises décisions. Je suis partie trop tard, j’ai eu trop chaud. L’orage menaçait, j’ai décidé de m’abriter en attendant. Mais aucun orange n’a éclaté. Un arrêt pour rien.
En fin de journée, je dois décider de tracer la route ou de m’arrêter dans le seul camping à proximité du GR. Je me dis que ce serait un bon plan pour laver la moitié de mes affaires – en autonomie, 1 de mes 2 shorts et 1 de mes 2 TShirts – CQFD.
Mauvais plan : je fais un extra détour de 5km de bitume pour rejoindre le camping en haut d’une colline. 5km qui m’ont lessivé contre un bonus confort.

J4 : les autres

Je suis partie tôt le matin et j’étais déjà fatiguée.
Mes pas étaient lourds et je ruminais.
Entre le camping et l’orage, j’étais à la bourre sur mon kilométrage.
Et là, la surprise de trop : j’arrive enfin dans le petit village sous le cagnard en plein après-midi où je pouvais acheter de l’eau.
Et mince ! Tout est fermé, Covid oblige.
Je devais paraître cramoisie et prête à cramer mon sac à dos, là, sur la place du village, quand un gentil Monsieur est venu me voir pour me proposer une limonade.
Je peux vous dire que c’était la meilleure limonade de ma vie !
Quand j’ai repris la route, j’étais pleine d’énergie.
Pas de la limonade. De cet élan de gentillesse spontanée.
En trekkant seule, je me suis rendue compte de la force que pouvaient me donner les autres.

J5 : l’équilibre.

Tout s’est transformé aujourd’hui.
Mon mal de dos s’est transformé en mal de pied. Le matin mon sac pesait lourd, l’après-midi c’étaient mes jambes.
J’ai arrêté de me soucier d’où j’allais dormir et quelles fringues (à peu près) propres j’allais mettre, je me voyais seulement enchaîner les kms et repenser aux lieux traversés.
Chaque jour la routine est identique au jour précédent, tout se transforme pourtant.

J6 : la nomade.

Circuit terminé, dans les temps que je m’étais impartie et sans aucune blessure ni grosse difficulté.
C’est le même sentiment ambivalent de chaque fin de mes voyages : satisfaite de l’avoir fait, amère qu’il se termine déjà.
Sur celui-là, j’ai aimé porté ma maison sur le dos, de pouvoir décider, là, en 1 seconde, de dormir, de manger, de me laver, de m’arrêter, ou de continuer la route.
C’est un sentiment de liberté totale, la première fois que je me suis sentie une véritable nomade.

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