J67 : La légende de la bande à bisou.

Il était une fois, dans un continent désormais disparu que l’on appelait l’Europe, une bande d’amis que l’on surnommait ‘la bande à bisou’.
Il y avait Mme Bise, Mr Poignée de main, Mr Câlin, Melle Bisou, Mr Accolade, Mme Etreinte, Mr Baiser et Mlle Caresse.
On les surnommait ainsi car quand ils se voyaient, ils ne pouvaient s’empêcher de se toucher.
Pour se dire bonjour, les hommes et les femmes se faisaient la bise. Cela consistait à poser ses lèvres sur la joue d’un ami dans un premier temps, puis dans un mouvement de tête semi-circulaire venir poser ses lèvres sur l’autre joue.
Mlle Caresse et Mme Etreinte étaient du Nord de la France, elles pouvaient faire jusqu’à 4 aller-retour sans s’arrêter.
Les hommes entre eux « se serraient la pince ».
Quand ils se voyaient, ils pliaient le bras à 90°c puis ils l’élançaient l’un vers l’autre. Cela nécessitait une bonne synchronisation.
Ensuite c’était un jeu de force. Il ne fallait pas serrer trop fort pour ne pas faire mal, mais quand même assez pour montrer qu’on avait du muscle. Pas trop secouer pour ne pas donner la nausée, mais assez pour montrer qu’on était dynamique.
Une chose était sûre : les mains moites perdaient toujours.
Un jour de printemps, alors qu’ils s’amusaient à se peloter, un grand nuage gris arriva au-dessus d’eux. Il se mit à pleuvoir.
Au début ils râlaient.
– C’est pas une averse qui va nous arrêter, grommela Mr Calin.
La pluie était fine et agréable. Ils avaient même l’impression que cela les rapprochait. Ils continuaient à s’embrasser de plus belle, se prendre dans les bras, s’étreindre.
Mais petit à petit, ils y arrivaient de moins en moins.
Les joues, les bras, les lèvres, tous les corps leur échappaient.
– Ce n’est pas de l’eau, s’écria Mlle Bisou, c’est de l’huile !
Elle avait raison. Ce n’était pas de la pluie, mais de fines gouttes d’huile.
La bande à bisou commença à paniquer. Ils n’arrivaient plus à rester collés. Ils patinaient, ripaient, dérapaient, se manquaient. Sans le vouloir, ils n’arrivaient plus à se toucher.
Cette fine couche d’huile tombée du ciel un beau matin de printemps était en train de les séparer.
Ils essayèrent pendant des heures, puis des jours, puis des mois.
Au bout du 67ème jour, ils se laissèrent glisser un à un, épuisés et fatigués d’avoir tant lutté. Emportés par les fleuves et les rivières, ils furent dispersés aux quatre coins du monde.
Depuis, ils errent de frontière en frontière à la recherche d’un bout de corps à conquérir.
Si un jour, vous sentez un souffle chaud parcourir votre nuque ou vos lèvres devenir tièdes, c’est peut-être la bande à bisou qui veut votre peau.
Restez calme, c’est juste de l’amour à l’ancienne.
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