J64: Joie-s.

J’ai recommencé à revoir les amis. Enfin, à rencontrer des amis « par hasard ».
Hier, le gouvernement a improvisé la phase 0,5 dans le plan de déconfinement alors on peut bien se rencontrer « par hasard » même jour, même heure et même endroit.

Ce matin, le plan était donc de se retrouver « par hasard » sur la plage pour le lever de soleil et le premier bain de mer de l’année.
La veille, j’étais toute excitée. On aurait dit que je partais faire un sommet. J’ai préparé mon sac, comme en excursion.
Maillot, Lycra, serviette, frisbee, thermos de café, tout était prêt.

A 6h du mat’, en pédalant comme une folle sur mon vélo et en fendant l’air frais du matin, ça sentait la rentrée à l’école, quand il me tardait de revoir les copains.

Enfin, on se revoyait après 2 mois.
Comme une sotte, dans l’euphorie, j’ai oublié mon masque.
Dans tous les cas, on a dû se résoudre à des retrouvailles sans embrassade. Quelle ironie de parler de retrouvailles quand on habite à 3 quartiers de distance.


Il n’y avait personne, la plage était à nous, la mer aussi.
Le soleil essayait de percer les nuages, on riait pour rien, le rire spontané des bonheurs simples, on criait, on bavardait, nos pieds foulaient le sable, on entendait la mer, on se réchauffait en même temps que le jour pointait.
Des bonheurs simples qu’on avait mis en attente durant 64 jours.

Le « ttt ttt ttt rangez ça » lancé par les policiers depuis la vitre de leur voiture de patrouille nous a fait revenir à la réalité confinée.
Étrangement, on a accepté naturellement ce qui aurait pu nous énervait. Je crois qu’on prend ces moments comme des cadeaux. Comme du plus. Notre premier réflexe a été de ranger le frisbee en se disant qu’on en avait bien profité.

En yoga, on travaille constamment la gratitude. C’est une notion qui m’est quelquefois difficile de ressentir. Ce matin, je l’ai touché du doigt. C’était merci la vie !

On a fini les retrouvailles en trinquant avec nos cafés tous chauds sortis du thermos. Lorsque nos vélos se sont quittés, ce n’était pas des adieux, c’était seulement des aurevoir.


Il y aura beaucoup d’incertitude durant ces prochains mois, Raccrochons-nous à la certitude des bonheurs simples passés ensemble.
Ceux qui nous transcendent, ceux qui nous font rire pour rien.

Journal de confinement

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