J41 : San Jordi.

C’est une tradition de Catalogne que j’aime particulièrement. Sans doute parce qu’il est question de chevalier, de princesse et d’histoire qui finisse bien. Mes histoires préférées.

La légende raconte que le preux chevalier Jordi ait délivré la princesse des griffes d’un terrible dragon. De son sang est né une rose. Depuis ce jour, les hommes offrent des roses à leurs princesses, et les princesses un livre.


La San Jordi est la fête des amoureux en Catalogne.
Des vendeurs du dimanche s’installent au détour des rues avec des roses plein les bras, d’autres s’improvisent bouquinistes d’un jour. L’odeur des roses se mélangent à celui du papier jauni tandis que le tendre soleil du printemps réverbère les couleurs sang et or des drapeaux et banderoles sortis pour l’occasion.

Bien sûr, confinement oblige, les rues étaient vides et grises ce 23 avril 2020.
Depuis 5 jours, il a plu non-stop mais cet après-midi, le ciel bleu et le soleil sont enfin revenus a casa. J’en ai profité pour sortir faire quelques courses.


J’avais même mis une jupe pour rendre hommage aux premiers jours du Printemps.
Beaucoup de gens s’étaient trop vêtus. Il y en avait en doudoune, d’autres avec des grosses vestes en cuir. Moi-même j’avais prévu une écharpe. Après tout, en avril, ne te découvre pas d’un fil.

Cette année, on s’est confinés en hiver et on n’a pas senti le printemps approcher. On l’a entraperçu derrière sa fenêtre, perché sur son balcon, deviné entre deux rayons de soleil sur sa terrasse ou dans son jardin. On n’a pas senti le Printemps raccompagner l’hiver à la porte des saisons. Pourtant, il a débarqué.

Pour la première fois en ville, j’ai senti les odeurs des fleurs dans les jardinières municipales. C’est con mais ça m’a ému. Je me suis dit que tout n’était pas perdu. Et je me suis dit aussi que je n’avais pas perdu l’odorat. – faire un test anti-covid facile et impromptu est toujours bon à prendre.

Dans la file devant le magasin, 2 femmes s’engueulaient. ça se rapprochait, ça vociférait à travers les masques, ça gesticulait, ça bataillait à coup de postillons courroucés.
Je suggère de rajouter « Ne pas se bagarrer » derrière « Ne pas s’embrasser » dans les consignes de prévention.

J’ai dit Ciao! en sortant du petit magasin italien qui est ouvert contre vents et marées depuis le début de la crise. La résistance, ça me met toujours la patate et me redonne de l’énergie.
Je marchais dans la rue en souriant derrière mon masque quand devant moi sur le sol s’étendait de tout son long : UNE ROSE.
Rouge, à peine éclose, elle avait un peu mal à ses épines, mais elle avait encore de l’éclat.

Je me suis rappelée la phrase de Jean d’Ormesson : ‘La vie est naturellement une vallée de larmes. Elle est aussi une vallée de roses. »


Aujourd’hui la vie m’a offert une rose.
Feliç San Jordi !

Journal de confinement