J4 : Fermez les frontières.

Cela pourrait être une mauvaise blague.
Je ne peux plus rentrer en France depuis ce matin. Cela ne m’était jamais arrivée dans ma longue carrière de voyageuse et ironie du sort, je n’ai jamais vécu à l’étranger et aussi près de chez moi.

J’ai un sentiment bizarre. Je suis bloquée depuis 3 jours dans mon 2 pièces mais je ne me suis pas sentie autant enfermée que depuis que j’ai su que je ne pouvais pas rentrer en France.
Je suis enfermée à l’intérieur mais je me sens bloquée à l’extérieur. Quelle étrange sensation, quelle troublante contradiction. C’est donc cela le sentiment d’exclusion : se sentir étranger et ne pas l’avoir choisi.


Jusqu’ici, me sentir étrangère a toujours été agréable. En bonne française, je revendique, de façon irritante mais toujours de bonne foi – ah ah – notre art de vivre – incomparable, ma langue – la plus belle, ma culture – la plus illustre -, mon identité – la plus fière. Séparée officiellement de mes origines et des miens, je ressens aujourd’hui quelques frissons d’exclusion.

Autre ironie de l’histoire : la légende familiale raconte que mon grand-père catalan ait passé la frontière et se soit installé en France pour fuir la grippe espagnole ou la période franquiste.
Si c’est pour la grippe espagnole, il se serait marré de me savoir aujourd’hui confinée à cause d’un virus de l’autre côté, à quelques kms de son village natal.

En y réfléchissant, j’espère que l’ironie stoppera ici. Qu’à la sortie de la quarantaine, elle ne nous collera pas en plus un fâcheux relan de nationalisme …
Cela se saurait si l’humanité refaisait les mêmes erreurs en boucle.

Gloups.

Journal de confinement

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