La première fois que j’ai gravi le Kilimanjaro.

Le texte qui suit est un extrait en date de mon journal, sans retouche, ni correction. Je compte sur votre indulgence.

Photo @F. Vuillet

31/01/2018

Nous revenons du Kilimanjaro !
Mes premières impressions à froid. J’ai pleuré. D’émotions, du sublime, des paysages, de l’effort, de l’exception. C’était tellement fort.
Nous avons commencé à minuit. J’avais eu froid. Aussi, j’avais peur que cela me fasse comme au Semeru. Nous sommes partis sous un ciel de pleine lune, étoiles dans un ciel sans nuage, le Kilimanjaro dégagé qui nous surplombait de toute sa majesté;

5000 mètres, on le sent. On sent qu’on prend de la hauteur, qu’on est haut, qu’on surplombe un monde. Quand on est arrivés à Stella Point, c’était magnifique. C’était seulement pour le lever du soleil, et nous avons longé la crête jusqu’au pic, avec les glaciers et les neiges éternelles à notre gauche. Quel spectacle !

Je suis super fière de mon corps. Rien. Aucun nausée (j’ai eu même faim!), pas de mal de tête, un peu de déséquilibre. Mais rien. Même pas marre à un moment donné. Je l’ai tellement attendu que j’ai profité de chaque instant, de chaque pas, même difficile. C’était magique. (…) F. a un peu eu du mal, il a beaucoup pensé je crois. C. a tenu je ne sais pas comment. Dès le premier arrêt; elle a eu des vertiges. Elle est ensuite montée comme un zombie, à la volonté. Impressionnante ! C. et C. ont eu vraiment du mal.

Avec l’altitude, il vient un moment où ton corps te prévient : nausée, maux de tête, puis il lâche prise, on se sent comme dans du coton. Et ensuite; il devient plus lourd, chaque pas pèse un peu plus. Sur le dernier km, on ne marche que très peu et très très lentement. Comme au ralenti Encore plus doucement que le Pole-Pole. 5km pour 1200m de dénivelé quand même. Si tu n’as pas le mental, tu es mort. En tous cas, tu ne le montes pas.

C’était une expérience inoubliable., et privilégiée, et extraordinaire. Vraiment !
Je crois désormais en mon corps. A l’accord de mon corps et de mon mental. Pendant toute l’ascension, ils discutaient l’un avec l’autre. « je compte sur toi, à toi de jouer. » « Ne me lâche pas sur ce coup-là, prends soin de moi. » Et c’était réussi. J’assistais, relaxée, à ce que l’un prenne soin de l’autre.
« Uhuru » signifie liberté en swahili. C’est peut-être pour cela que son nom retentit si fort en moi. Comme si aujourd’hui, j’avais décidé de célébrer ma liberté , par moi et pour moi.

Photo @F. Vuillet

C’était une journée très intense, à part l’ascension. Il a fallu prendre soin de C.. Après l’ascension, nous sommes partis directement pour 4 heures de marche pour arriver à l’autre camp, à 3100m, où nous dormions. Dans la descente du Kilimanjaro, j’ai perdu les lunettes que F. m’avait prêtée. Je les ai laissés sur un rocher quand je me changeais et elles y sont restées. C’est agaçant d’être étourdie. Du coup, les autres n’ont pas confiance en notre capacité d’attention.

On a fait les 4 heures de retour sous une pluie diluvienne équatorienne. J’étais trempe. Mais je m’en fichais, c’était après le Kili 🙂 . Et ce soir, on a appris que le jeune homme qu’on avait vu en civière est décédé. Il n’est pas arrivé à temps au camp pour avoir les secours nécessaires. Apparemment, les blessés sont sous la responsabilité du guide. Les blessés sont alors acheminés par les porteurs, mais comme ceux-ci doivent être au camp suivant pour monter la tente avant l’arrivée des clients, de ce fait, le guide n’a jamais de porteurs sous la main. Les rangers dans les camps en définitive servent seulement à appeler les secours et vérifier la bonne organisation du camp.
On ne saura pas de quoi ce jeune homme est mort, de l’altitude, de l’hypothermie, d’AVC ou crise cardiaque… Quelle horreur ! Mieux vaut être en bonne santé quand on le fait. La preuve par C. Arnold lui a proposé de redescendre en civière, mais apparemment aucun des porteurs n’a voulu s’y mettre au vue du chemin.

Ce soir, nous dormons dans une tente pleine d’humidité mais la tête pleine d’images du Kilimanjaro. Une expérience complète !
Quand j’ai demandé à Arnold s’il faisait souvent la voie Lemosho en 6 jours, il m’a dit que non, que pour les surentraînés. Je me suis sentie flattée, et roulée aussi par C. qui aurait dû nous expliquer tout cela et a changé le programme comme il voulait. On va voir le safari, mais je suis un peu refroidie.

Au retour, je me suis faite branchée par un petit porteur, j’ai botté en touche en disant que j’avais un petit ami en France. Et même C. s’est vu proposer un concert par un jeune du groupe. On tombe de suite dans le cliché de la cinquantenaire qui vient en Afrique se taper des petits blacks. Sauf qu’elle est venue monter le Kilimanjaro. Sans plainte, sans regret, elle souffrait mais elle a mis chaque pas l’un devant l’autre.

C’était une belle expérience ce trek du Kilimanjaro, du défi, du mythe, de l’exotisme, de la beauté des paysages à la rudesse du climat. Mes paysages préférés ont été ceux des pentes du Kilimanjaro baignées dans la brume. Splendide !

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