La première fois que j’ai fait la paix avec les hommes.
La lutte des sexes est une question millénaire sociale, culturelle. Elle a fait et fait toujours l’objet de polémiques et de grands débats en matière politique, économique, et plus proche de nous se glisse souvent autour d’un verre entre amis et se pose même sur l’oreiller.
L’article qui va suivre ne renie pas les durs combats de pionnières fortes et puissantes qui m’ont aujourd’hui permis d’être une femme libre et émancipée. Je me sens à la fois féministe et féminine et je le leur dois.
Les lignes qui suivent cherchent seulement à remettre en perspective un équilibre : la lutte des femmes ne doit pas se faire contre les hommes, mais avec.

Paumés à égalité
On l’avoue parfois, nous les filles, on est parfois pas très bonnes pour dire ce qu’on veut exactement, parce que souvent on ne le sait pas vraiment nous-mêmes. Parfois on a besoin qu’ils nous protègent et d’autres on leur claque qu’on est libres et indépendantes, d’autres fois on aime leur sensibilité et d’autres ce sont des mauviettes.
Cette contradiction-là, mes amis mecs que je considère comme censés, modernes et progressistes le ressentent aussi. Et alors que le mâle alpha aurait mis cela sur le compte des vieilles bonnes hormones, eux s’agitent et se posent des millier de questions, se remettent en cause, nous demandent conseil sur le fonctionnement de leur sensibilité.
Comme réponse à nos questions parfois interminables, il y a ce regard, qui nous attendrit et nous exaspère à la fois. On le connaît toutes ce regard. Le regard perdu de l’homme qui ne sait pas quoi répondre, ce regard en pause pendant que son cerveau turbine à 10 000. On peut entendre le bruit de ses casiers cérébraux qu’il renverse pour trouver la clé, le bout de phrase qu’il a manqué, l’enchaînement logique, le CQFD féminin.
On fait la paix ?
Il y a peu, une amie m’a dit :’ Sandra, je te jure ce sont les femmes qui portent le monde.’
Je le pense aussi.
Est-ce que cela veut dire que les hommes sont mauvais ? Sûrement pas.
Il faut juste accepter de se compléter.
Les femmes portent le monde dans l’abnégation, le don d’elles-mêmes, la discrétion. Elles devraient apprendre d’eux à fanfaronner, à être cash et (un peu) égoïstes. Cela ne nous rendra pas moins sensibles ni bonnes, cela apportera seulement d’autres cordes à nos arcs d’Amazone.
Apprendre de l’autre sexe, plutôt que de compter les points.
Cela ferait du bien parfois d’arrêter de souffler sur les braises de la parité et d’observer en toute objectivité ce qui se passe réellement autour de nous. Combien il y a d’hommes aujourd’hui qui s’arrangent pour que leurs femmes aient une carrière ? Qui s’occupent du foyer et de leurs enfants ? Dont on a essuyé les larmes ? Qui trouvent normal d’avoir des meilleures amies ou un manager femme ?
En ce moment, j’ai l’impression que les revendications féministes de masse inondent l’opinion publique. Si je dis que la revendication féministe systématique me fatigue, c’est que je suis sans doute en bonne position pour le faire : je vis dans les 10% du monde où la condition de la femme est plus proche de l’égalité que de la discrimination. Je me sens aujourd’hui une femme forte sans avoir besoin de le revendiquer. Cela devrait être ça, l’idéal des féministes.
Je dis souvent que je ne voudrais pas être un homme aujourd’hui.
Il y a un groupe qui se voit prendre plus de droits dans la société par principe d’égalité et l’autre se remettre en question. Ce n’est pourtant pas une place facile pour eux : on leur demande de partager la moitié du gâteau, de renoncer à des acquis qu’on leur avait donnés. Suis-je la seule à voir qu’ils le font sans (trop) grommeler ?
On ne peut reprocher à personne son héritage culturel et social, on peut seulement lui reprocher de ne pas vouloir le changer.
Et la majorité de ceux que je connais disent « okay » (même s’ils estiment parfois « avoir les boules » – CQFD masculin).
Si on arrive aujourd’hui à être mieux reconnue dans la société, c’est aussi grâce aux hommes modernes, à leur fair play, à leur soutien.
Je vote pour le sentimentalement correct.

Dans cette lonnnnngggguueee étape de transition, où nous nous retrouvons tous un peu paumés, il y a la théorie et la pratique, ce que j’appelle le politiquement correct et le sentimentalement correct.
La grande majorité de mes amies sont indépendantes et émancipées, elles le vivent au quotidien et le disent.
Pourtant, ce sont elles que j’ai souvent entendu dire : « Non mais le mec, c’est notre premier rendez-vous et il ne m’a même pas invité ! Tu te rends compte ! » Le jugement est sans appel : au premier rendez-vous, il se prend un carton rouge pour goujaterie.
C’est la dure loi de la théorie et de la pratique.
De la raison et des cultures relationnelles.
Et perso, je pleure en voyant la galanterie au bord de l’échafaud.
Lorsque parfois mon coeur romantique a des pensées émues à l’idée d’une relation entre un mâle alpha loyal et protecteur et une femme fragile et dévouée, ma morale de femme moderne sonne l’alerte rouge. « Sandra ! Comment oses-tu ! Pense aux Simones »
Cela manque de simplicité tout cela.
Car on le voit dans les couples, les familles, les amis : quand on enlève la symbolique culturelle et sociale aux rapports homme/femme, il reste une relation simple de personne à personne, sans attente, ni idéal, ni pouvoir, la base d’un rapport harmonieux et apaisé.
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