La première fois que j’ai fait une couleur

J’ai longtemps hésité.

Mes cheveux, c’est ma signature. Je fais partie de ces personnes que l’on reconnaît à leurs chevelures. On la surnomme plus souvent qu’on la nomme d’ailleurs : la touffe, la toison, la moumoutte, la gouffa, … A 14 ans, quand mes copines enchaînaient allègrement les couleurs passant de blonde platine à rousse, moi je tentais avec angoisse le carré. A chaque fois qu’on y touche, je stresse. On a tous des parties de son corps qu’on sacralise, n’est-ce pas ?

Assumer ses cheveux blancs.

Facteur important sur mon indécision : le diktat de la beauté.

Mes copines diront que je suis hyppie, gypsie ou roots, je dirais juste que je suis une fille nature. L’épilation, les colorations, le bronzage, on passe beaucoup de temps et d’argent à suivre des modes fugaces au lieu de se magnifier avec ce que la nature nous a donné. Entre deux personnes, la plus belle sera toujours celle qui sera la plus naturelle. Il y a dans la nature l’intemporalité et l’universalité que tous les courants de mode recherchent.

Et puis faire une couleur, c’est encore s’enduire un peu plus de produits chimiques. Déjà que l’on subit des émanations polluantes au quotidien, voilà que l’on s’en rajoute volontairement ! D’autant plus financer une industrie qui l’est trop.

J’ai aussi hésité par tradition. Je suis d’une famille espagnole qui porte fièrement les cheveux blancs depuis des générations, ces cheveux blancs typiquement méditerranéens, avec lesquels le soleil joue comme avec des miroirs, ceux d’un blanc onctueux qui contrastent avec la force mate d’une peau qui racontent des histoires à elle-seule.

Mais se voir tous les jours vieillir dans le miroir.

Ma fixette chronique sur mes premiers cheveux blancs a eu raison de tous mes beaux arguments raisonnés.

Depuis 10 ans, ma coiffeuse attitrée est une de mes meilleures amies, c’est elle qui veille sur ma chevelure sacrée. C’est donc elle qui naturellement fera ma première couleur.

La première grande étape est de trouver la couleur. Je me retrouve devant un stand énorme de coloration. Je n’ai jamais réalisé combien cela prend de place au rayon beauté. Le plus étonnant est le nom des couleurs « Marron passion », « Marron chocolat », « Marron glacé » … Choisirait-on sa couleur en fonction de son humeur ? Plusieurs copines me l’ont dit. Je me demande si cela n’est simplement pas une jolie construction marketing bien ficelée, une de plus. En tous cas, j’ai adoré m’extasier sur l’inventivité des intitulés ! « Blond clair solaire » « Blond clair radieux » « Blond très clair doré » « Blond très clair perle ».

J’ai appelé au secours ma copine artiste-dessinatrice qui a le nuancier dans l’oeil, métier oblige. Elle m’a appris qu’il y avait 2 catégories pour les brunes : naturels et marrons.

Va pour un naturel châtain foncé, que je choisis sur un site bio nature où je vérifie qu’il y a le moins de produits chimiques possibles, sans ammoniaque et avec un max d’huiles essentielles.

Certains membres de la famille scandent jusqu’au bout leur discours lobbyistes pour me faire changer d’avis, mais les cheveux blancs tombés sur mon pull noir finissent de me convaincre.

Le poids des mots, le choc des images !

Changer de tête ou se changer la tête ?

Le jour de la couleur, j’étais un peu stressée. Si je ressors rousse, blonde, bleue de peur, verte de honte ?

Durant la pause, aucune complication. Avec les produits bio, pas de picotement ou sensation de chaleur. C’est même plutôt agréable. J’ai seulement quelques sueurs froides quand la teinture qui est tombée sur la table ne veut pas partir.

Je conseille de prévoir un truc pendant la teinture, parce qu’on a du temps !Il faut compter à peu près 2h, entre le temps de l’application (ma copine y a passé 2 tubes entiers au vue de ma tonsure), la pose de 20mn et le rinçage de 15mn.

Au final, soulagement ! Je suis plutôt contente, c’est une couleur très naturelle, très proche de celle que j’ai naturellement. Mes cheveux ne sont pas plus secs qu’avant, ils sont plus brillants, c’est sûr.

Le lendemain, dans la rue, on m’appelle Mademoiselle.

Il y aura certainement une prochaine fois, puis une prochaine, jusqu’à ce que mon ego blessé supporte la vue de mes cheveux blancs et l’idée du temps qui passe.
Car la couleur est clairement de la poudre aux cheveux.

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