La première fois que j’ai suivi une séance de coaching – 2

Illustration : Elliana Esquivel
Je reviens de la première session de coaching.
J. m’avait dit que nous avions besoin d’un lieu intimiste et calme, j’ai choisi le bar feutré d’un hôtel cossu que je connaissais.
L’importance des premières impressions de coachee à coach.
J’étais à l’avance, elle est arrivée confuse, s’est écriée « Sandra? » et a entraîné lampe, chaise et fauteuil dans son élan. Je me suis dit que la plus calme de nous 2, c’était moi. J. était comme je me l’imaginais : un visage rond et doux qui rassure avec des traits bienveillants.
Après s’être calmée, elle regarde autour et fait référence à son professeur à la 1ère phrase. « Juan a dit qu’il fallait un lieu intimiste. Cela te convient ici ? » « – Euh… oui. » J’ai pensé que je n’étais pas en mesure de savoir ce qu’était un lieu intimiste, coachinguement parlant. A plusieurs reprises, elle me reprend sur mes gestes, en disant que cela montre des signes de nervosité.
Apprenti-coach, si vous me lisez, ressortez votre cours seulement si c’est constructif. Je n’ai pas à savoir si vous me voyez nerveuse ou détendue, si le lieu est trop ou pas assez intimiste, l’important est que tout devienne propice au fur et à mesure de la session. Les premiers moments sont cruciaux. J’ai besoin de me sentir rassurée et guidée par vos connaissances dès le premier instant.
Le double-cursus du coach.
J. présente le coaching : une démarche tournée vers le présent et le futur pour la réalisation d’un but concret. Elle ne posera aucune conclusion. Elle posera seulement des questions, qui me guideront pour que j’arrive moi-même à mes propres conclusions. Les rencontres seront rythmées par des objectifs : un objectif par session et un objectif pour la démarche.
Elle se présente et me dit qu’elle est pyschologue. Quelque part, cela me rassure. Je me dit qu’elle a de la matière, une formation consistante. C’est dire comme je doute encore du coaching. Elle me aussi dit qu’elle n’a jamais exercé et qu’elle travaille depuis la fin de ses études au siège d’une banque.
Je me dis que je pourrais être coach : des personnes qui se sont persuadés que leur vie sera meilleure en devenant banquiers ou négociants, plutôt qu’accompagnants, mais que leur sensibilité fait suffoquer dans un milieu où elle n’a assez pas de place.
Coach 0 – Coachee 1
Nous commençons donc, je lui explique brièvement mon histoire, où j’en suis, les grandes décisions qui s’offrent à moi, mes doutes ô combien nombreux. J. enchaîne calmement les questions au fur et à mesure de mon discours. J’essaye d’y répondre par moi-même. Toutes les questions font sens. Dans l’épais nuage de mes doutes, ces questions sont un peu comme une épée qui le dissipe peu à peu.
Tout à coup, elle me touche le bras et je vois ses yeux briller. « Je suis désolée mais ce que tu dis résonne tellement en moi, que je suis au bord des larmes. » Elle commence à me dire qu’elle est dans une période sensible. Je suis un peu troublée, je ne sais pas trop comment réagir. Les rôles s’inversent, je me mets à la rassurer sauf que moi, je n’ai pas de formation de coaching.
Coach 1 – Coachee 1
Puis, on reprend la conversation dans l’autre sens et je me sens bizarrement plus proche d’elle. A posteriori, je me demande si c’est 1 technique de coaching pour créer un lien plus fort entre coachee et coach, si c’est une astuce pour faire de nouveaux adeptes en mettant le coachee en situation de coach ou si elle a véritablement été touchée.
Au bout d’une heure, J. me dit qu’elle va commander un verre et me demande d’en profiter pour définir à partir de tout ce que nous avons dit une action concrète à mettre en œuvre.
Coach – Echec et mat
Je réfléchis.
Avec la clarté que m’a apporté les premiers échanges, je choisis en toute honnêteté le problème qui me prend le plus la tête, donc celui qui me tient le plus à coeur, donc le plus difficile à mettre en œuvre – CQFD. Elle revient, je le verbalise.
Elle me dit : « Okay ».
Elle place une chaise en face de moi, me dit « Viens t’asseoir ici. ».
Je change de chaise et elle me désigne le fauteuil en face que je viens de quitter : « Tu as en face de toi la Sandra dans 3 mois. Elle aura fait quel choix ? ».
Et ça a été une grosse claque !
Une immense.
Bien sûr que je la connaissais tout au fond de moi, la décision à prendre. C’est juste que je préférais que ce ne soit pas celle-là.
Et j’ai pleuré.
Le coachee a pleuré.
J’ai réagi, J. m’a fait réagir sans que je m’y attende.
C’est finalement beaucoup plus efficace de s’ouvrir à un tiers. Il y a certains métiers qui sont connus pour être des éviers à sentiments, les barmans, les médecins, les coiffeurs…
Le coach est finalement une personne qui est volontaire pour l’être et qui se forme pour.

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